Zou ! Le blog d'isabelle Collombat

lundi 2 décembre 2019

L'avocat des enfants qui voulait changer le monde

Capture d’écran 2019-12-02 à 09Voici le texte de l'entretien que j'ai donné à Liliane Guignier pour la revue L'ECLAIREUR à propos de Janusz Korczak. Cette interview est à découvrir dans le numéro de décembre de ce magazine très intéressant consacré aux "âges de la vie." 

 

L'eclaireurN°6-I

L'eclaireurN°6-I

L'eclaireurN°6-I

L'eclaireurN°6-I


mercredi 12 juin 2019

"La mémoire en blanc" dans la liste "Littérature pour collégiens"

 

CRU-LAMEMOIREENBLANC

Mon roman "La mémoire en blanc" (Editions Thierry Magnier) a été retenu par l'Education Nationale dans sa liste "Littérature pour les collégiens" - Classe de 3ème - dans la catégorie "individu et pouvoir, agir dans la cité" . sa lecture est recommandé pour "découvrir des œuvres et textes du Xxe siècle appartenant à des genres divers et en lien avec les bouleversements historiques majeurs qui l'ont marqué".

Posté par isacollombat à 06:13 - - Permalien [#]

jeudi 16 mai 2019

Rester debout

Je viens de découvrir ce magnifique clip des élèves de 1ère STMG du Lycée Thierry Maulnier à Nice, produit par JP Manova, qui témoigne du projet incroyable mené dans cet établissement et intitulé « Semer quelques graines pour qu’ils deviennent des citoyens actifs ». Le résultat de belles rencontres. C'est ainsi que j'imagine l'école : ouvrir sur le monde, le regarder puis s'exprimer. Bravo ! Un projet qui me touche particulièrement puisqu'il concerne le Rwanda. Une très belle initiative.

Lycée Thierry Maulnier - Rester Debout (prod : JP Manova)

Posté par isacollombat à 11:31 - - Permalien [#]
Tags : ,

lundi 6 mai 2019

La version coréenne de "Des héros pour la terre"

Reçu ce matin dans ma boîte aux lettres : la version coréenne de mon livre "Des héros pour la terre" (Actes Sud Junior) illustré par Alain Pilon ! trop contente ! En Corée, c'est Hanulimkids qui publie !

38802F8A-EA22-4F19-BC95-ADC2DEB3B867

A1E5DADC-25C1-472B-98A6-F6F9A405500CD5EAF512-294E-4B14-BFC2-0C14ADC7A6BCIMG_5199

vendredi 5 avril 2019

Des souvenirs qui ne s'effacent pas / Le Rwanda il y a 25 ans

Festival du Livre jeunesse d'Annemasse, 2010

Il y a quasiment vingt-cinq ans, j'étais étudiante à l'Ecole de Journalisme de Lille et journaliste stagiaire à la rédaction de RTL à Paris le week-end et les vacances. Il y a vingt-cinq ans, j'avais vingt-trois ans. Le service des Informations Générales de RTL accueillait souvent plus d'un stagiaire et nous nous relayions pour tenter d'interviewer par téléphone des témoins de ce qui était en train de se passer à Kigali au Rwanda. Des massacres de grande ampleur. Souvent, les communications téléphoniques ne passaient pas ou la ligne sonnait dans le vide. J'imaginais mal ce qui était en train de se dérouler là-bas, dans un pays que je découvrais, sur un continent où je n'avais jamais encore mis les pieds.

Puis il y a eu une interview qui a tout changé pour moi.

Un jour, j'ai réussi à joindre un représentant de la Croix-Rouge Internationale au Rwanda. Ce qu'il m'a dit ce jour-là des massacres systématiques qui avaient lieu à Kigali, je ne l'ai jamais oublié. Ses mots, ses silences et sa voix se sont incrustés en moi. Je me souviens encore de la réaction de mon corps en l'écoutant, le froid qui m'a engloutie, les tremblements qui ont secoué mes jambes.

A partir de ce témoignage, je suis restée les yeux braqués sur le Rwanda.

IMG_4349

J'ai suivi les événements jour après jour. Un génocide. Nous le savions, nous le vivions de loin mais nous ne faisions rien pour l'arrêter. Cette impuissance de la communauté internationale était pour moi terrifiante. Je suis de cette génération d'après dont les grands-parents ont connu la deuxième guerre mondiale et à qui on a expliqué que ce qui avait eu lieu en Europe entre 1939 et 1945, la Shoah, ne devait jamais se reproduire. Il y avait pourtant eu le Cambodge entre temps et la guerre en Bosnie n'était pas finie.

A cette époque, je me souviens de deux journalistes en particulier. Un de mes profs à l'ESJ était Nicolas Poincaré, grand reporter à Radio France à l'époque qui s'est rendu plusieurs fois au Rwanda à partir d'avril 1994. A RTL, j'ai côtoyé le grand reporter, Philippe Chaffanjon j'ai écouté et observé sans oser le questionner. Deux journalistes très différents du point de vue du tempérament, mais leurs regards, m'ont interpellée. Ils avaient été visiblement marqués par ce qu'ils avaient vu, traversé, découvert.

Quelques mois plus tard, début août, le génocide venait officiellement de prendre fin (plus de 800 000 morts en trois mois, la preuve d'une efficacité criminelle redoutable) quand j'ai entendu dire que RTL était d'accord pour prêter un de ses journalistes à Reporters sans frontières (Rsf). Je me suis portée immédiatement volontaire et je suis partie trois jours plus tard à Goma, Zaïre (aujourd'hui RDC), à la frontière du Rwanda, base arrière des militaires français de l'Opération Turquoise mise en place par la France pour protéger les populations civiles du moins officiellement. Des dizaines de milliers de Rwandais avaient afflué et s'étaient entassés dans des camps de réfugiés. Rsf avait mis en place Radio Gatashya, une radio humanitaire à destination des réfugiés... sauf qu'une fois sur place, je réalisais que ces réfugiés n'étaient pas les victimes du génocide... mais la population hutu emmenée par les militaires et les chefs du gouvernement génocidaire fuyant l'arrivée au pouvoir du FPR, l'armée créée par les exilés tutsis en Ouganda. 

Goma 4

Cette expérience de quelques semaines à Goma reste pour moi un souvenir à la fois marquant et irréel.

De retour à Paris en septembre, le directeur de la rédaction de RTL s'est étonné que je ne sois pas plus volubile. J'avoue que je n'osais pas, je ne débordais pas de confiance en moi parce que je ne me sentais pas légitime même si j'étais diplômée et que j'avais approché de près les humanitaires, les fonctionnaires internationaux, les militaires, les reporters du monde entier et les réfugiés pendant plusieurs semaines. J'ai quand même écrit deux papiers qui sont passés dans les journaux de RTL et dans lequel j'évoquais les forces armées en train de se refaire dans les camps de réfugiés. Je les avais vus de près dans le camp de Mugunga dans leurs uniformes dépareillés avec leurs armes et véhicules qu'ils ne cachaient pas.

Je crois que c'est à Goma alors que je venais paradoxalement tout juste de sortir de l'Ecole de Journalisme que j'ai commencé à m'éloigner de ce métier. Pourtant, il reste pour moi l'un des plus passionnants qui soit.

BIENVENUE A GOMA 2018 1

Plusieurs années plus tard, alors que je n'étais plus journaliste, c'était en avril (avril est pour moi indissociable du génocide depuis 1994), j'ai commencé à écrire Bienvenue à Goma. Un roman pour les ados qui s'inspire de mon expérience de 1994. J'ai rédigé mon histoire d'une traite en une semaine à peu près. Au Rouergue, Sylvie Gracia l'a accepté tout de suite et dès qu'il est paru, il a obtenu le Prix Amerigo Vespucci jeunesse. Bienvenue à Goma n'est pas devenu un bestseller et, quand on évoque une bibliographie des événements de 1994, on cite rarement mon livre.

Pourtant, depuis 2008, je suis régulièrement invitée dans des collèges et lycées pour évoquer ce livre et parler du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu modérés au Rwanda. Les jeunes découvrent alors ce qui s'est passé et pourquoi notre pays et le Rwanda sont  liés à jamais par ces événements. J'ai notamment le souvenir de ce garçon en CAP électricité qui me chuchote que Bienvenue à Goma est le premier livre qu'il a lu en entier et qu'il l'a relu encore après une seconde fois. Pourquoi ? je lui demande. Il me répond : "Vous me demandez pourquoi ? Mais parce que je ne savais rien de tout ça et que c'est révoltant. Comment,moi, je pourrais ne pas me sentir concerné par cette histoire ?".

IMG_0412

Bienvenue à Goma est aussi souvent cité comme roman permettant d'aborder la question des médias et du journalisme avec les jeunes. La Bibliothèque nationale de France le mentionne notamment dans un document qu'elle met à destination des enseignants.

CRU-LAMEMOIREENBLANC

En 2015, j'ai évoqué le génocide des Tutsi dans un autre de mes romans La mémoire en blanc. Ce livre publié aux éditions Thierry Magnier est d'une certaine façon la suite de Bienvenue à Goma. C'est l'histoire d'une jeune femme adoptée en 1994 par une famille française installée à Lyon et qui ignore tout de son histoire. Léonie, c'est le prénom de ce personnage, ressemble vaguement au député français qui représentera la France aux commémorations du génocide à partir de demain au Rwanda, Hervé Berville qui avait quatre ans en 1994 quand il a été adopté par une famille française après le massacre de toute sa famille.

Entre-temps, j'ai imaginé un projet de web-documentaire avec une photographe et un dessinateur. Ce projet intitulé "Grandir" aurait décrit des parcours de jeunes après le génocide. Malheureusement, nous n'avons jamais trouvé les financements pour ce projet. Mais il m'a au moins permis de rencontrer plusieurs familles rwandaises et de découvrir leurs histoires.

Elsa in Goma-GIRAUDON Visuel

Aujourd'hui, je travaille avec un réalisateur et un producteur à une adaptation de Bienvenue à Goma devenu pour le cinéma "Elsa à Goma". C'est un projet que j'ai initié il y a déjà plusieurs années. J'espère qu'il aboutira.

(Dessin : David Giraudon)

 

Bref, le Rwanda ne m'a pas quittée ces vingt-cinq dernières années. Je ne suis pas devenue une spécialiste du Rwanda, même si j'ai lu la beaucoup des livres sortis sur le sujet et que je continue à m'intéresser à ce pays, mais aussi à la RDC voisine. Quand j'écris, par exemple, Des héros pour la terre, un livre documentaire sur les défenseurs de l'environnement, j'évoque bien sûr le travail très difficile des gardiens du parc des Virunga confrontés aux bandes armées qui sévissent dans la région depuis 1994, un parc qui se visite (quand c'est possible) au départ de Goma.

IMG_4352 (1)

IMG_4354

IMG_4353On sait beaucoup de choses aujourd'hui sur le rôle qu'a joué la France au Rwanda avant 1994, pendant et après le génocide. Les historiens, les journalistes, les chercheurs ont bien documenté le sujet. Quand je vais dans les collèges et lycées parler de mes romans Bienvenue à Goma et La mémoire en blanc, je me rends compte à quel point, paradoxalement, cette histoire n'est pas enseignée. Mon rôle, alors, grâce aux profs qui m'invitent dans leur classe, est de rendre les jeunes curieux de ce qui s'est passé au Rwanda en 1994, qu'ils deviennent des citoyens attentifs et concernés par le sujet. Plus concernés en tout cas que nos élus politiques et notre président qui ne juge pas nécessaire d'assister aux commémorations du génocide vingt-cinq ans plus tard. Pourtant, comme disait une rescapée il y a quelques temps à la radio, tous les grands de ce monde devraient se précipiter sur place, tous les grands de ce monde devraient se sentir concernés car ce qui s'est joué au Rwanda en 1994 n'est pas qu'une histoire rwandaise. On le sait tous désormais. Le monde entier était au Rwanda en 1994 et la France en particulier. Il en va de notre humanité, de notre honneur, de notre dignité, de notre responsabilité de s'en souvenir et le président Macron devrait montrer l'exemple. Malheureusement, il a d'autres priorités.

 

 


mardi 2 avril 2019

La journée du livre pour enfants passe à la radio

C'est la journée du livre pour enfants. On en a parlé ce mation à la radio dans l'émission "Le temps de le dire" sur RCF présenté par le journaliste Antoine Bellier Avec Fredéric Pillot, dessinateur et illutrateur et Nathalie Infante, auteure, illustratrice et éditrice, nous avons tenté d'expliquer pourquoi nous aimons tant faire de la littérature jeunesse.

 

jeudi 14 mars 2019

Ceux qui n'aimaient pas leurs enfants

Manifester, c'est souvent la première étape d'une prise de conscience politique quand on est adolescent. Une sorte de rite de passage de l'enfance au monde des adultes. Demain, vendredi 15 mars, jour de la grève mondiale de la jeunesse pour le climat, j'espère qu'ils seront nombreux à faire ce pas, notamment en France, pour affirmer haut et fort leurs valeurs et leurs exigences face à nos responsables politiques. Il y aura d'ailleurs peut-être aussi des enfants. En Allemagne, on a vu des garçons et des filles de dix ans clamer leurs revendications. Qui peut vraiment s'étonner qu'ils descendent dans la rue ? La dégradation de l'environnement partout sur la planète n'est pas une chimère. C'est un fait documenté par les scientifiques et tous les observateurs de l'environnement. Et tous les discours qui prétendent le contraire ne peuvent être le fait que d'irresponsables égoïstes et aveugles. Et pour cause, la lutte pour le climat suppose des changements économiques drastiques et remettraient donc en cause les intérêts des plus riches, ceux là même qui polluent le plus la planète. Je n'aimerais pas être le fils ou la fille, le neveu ou la nièce des Trump et autres Bolsonaro en passant par les beaux-parleurs et tous ceux qui chipotent sur les véritables changements à mettre en oeuvre. Mais peut-être ces enfants-là s'interrogent-ils aussi. Envisagent-ils eux aussi de demander des comptes à leurs pères, oncles ou grand-père qui se fichent éperdument de l'avenir de leurs descendants ? Ou les croient-ils quand ils leur jurent qu'ils échapperont aux déréglements climatiques ?

Personnellement, en ces jours de mobilisation, puisque samedi est aussi une journée de manifestation, j'ai une pensée particulière pour tous les "héros de la terre" dont j'ai parlé dans mes livres et notamment Chico Mendes que le ministre brésilien de l'environnement disait récemment ne pas connaître. En 2017, 207 défenseurs de la terre et de l’environnement ont été tués dans le monde comme le recense l'ONG Global Witness. Au Brésil, 57 militants ont été assassinés. Depuis début 2019, deux défenseurs de l'environnement ont déjà été tués dans ce pays. 

Alors, ici en France, où nous avons encore le droit de nous exprimer, même si la loi anti-casseurs votée cette semaine limite la liberté de manifester, profitons-en. En tant qu'adulte, je suis donc solidaire de tous les jeunes en grève demain. Est-ce que nos dirigeants les entendront ? Ou n'aiment-ils décidément pas leurs enfants ? 

COUV heros terre OKGAB CG (1)

CHICO MENDES

 

De retour de Thonon-les-Bains

Voici une trace de mon passage à Thonon-les-Bains reçue ce matin. Merci à Jacky Carrillat du Dauphiné Libéré.

20190314104351 (1)


Posté par isacollombat à 11:47 - - Permalien [#]
Tags :

mercredi 13 mars 2019

Lac Léman, Acte II

IMG_4157Thonon-les-Bains, mardi matin, 12 mars, 7H00. Soleil sur le lac. C’est un tout autre paysage qui s’offre à moi. Je pense que si j’habitais ici, je ne me lasserais pas du lac et des sommets des montagnes à l’horizon, des massifs qui n’étouffent pas, qui te disent la beauté du monde et t’appellent à l’exigence pour tenter de te hisser à leur hauteur.

IMG_5571

IMG_4171

Lycée Saint-Joseph. Classe de seconde d’enseignement général. Les élèves ont lu un de mes livres. Au choix : « Partir », « Bienvenue à Goma » et « La mémoire en blanc ». Certains attaquent un second livre. Quel accueil ! Des cadeaux. Pleins. Des haïkus, des phrases inspirées par mes livres accrochés aux branches d’un arbuste. Une boîte remplie de petits mots. Un attrape-rêves. Des "Book trailers". La documentaliste Sandrine Rouiller, avec Mme Charles, leur prof de français, leur a demandé de produire quelque chose qui s’inscrive dans un des trois univers suivants : poétique, journalistique, expressif/théâtrale. 

IMG_4167

 

 

 

Par petits groupes, ils se sont donc lancés. C’est le résultat de ce travail qu’ils me présentent. Entre deux productions, ils me posent des questions sur mes livres et plus largement sur les thématiques qui émaillent mes textes. Je les préviens : je ne suis pas une spécialiste des sujets évoqués, juste une femme qui raconte des histoires, ce qui ne m’empêche pas d’avoir un point de vue sur les thèmes que j’aborde. J’ai d’ailleurs plus souvent des interrogations que des réponses.

IMG_4169

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IMG_5569fullsizeoutput_813

En milieu de matinée, direction Evian, à quelques kilomètres de Thonon, lycée Anna de Noailles, un établissement avec une majorité de classes d’enseignement général et seulement trois classes de lycée pro qui sont logées dans un château au bord du lac Léman. Je l'apprendrai plus tard, mais le lycée dispose une plage où, en été, les profs et les élèves peuvent se baigner !

J'avoue que je connais peu la romancière et poétesse Anna de Noailles. Du coup, je me renseigne sur cette femme née à la fin du XIXème siècle et morte en 1933. Je découvre que Rainer Maria Rilke l'appelait "la déesse impétueuse", qu'elle a entretenu une correspondance avec Proust, que Camille Saint-Saëns a mis en musique un de ses poèmes "Violons dans le soir", qu'elle n'aurait pas reçu le Goncourt par mysoginie, que Colette était son amie et que 10 000 personnes dont Cocteau ont assisté à son enterrement. J'apprends aussi qu'Anna de Noailles a passé les étés de son enfance à Amphion, tout près d'Evian, au bord du lac Léman. "Le lac Léman m'apportait tout, depuis ce nom d'Amphion, donné par un lointain hasard de terroir à notre rive et à notre demeure ", écrivait-elle. Quelques uns de ses vers sont d'ailleurs inscrits sur un monument au bord du lac :

Étranger qui viendra, 
Lorsque je serai morte,
 
Contempler mon lac genevois, 
Laisse, que ma ferveur
 
Dès à présent t'exhorte,
 
A bien aimer ce que je vois.

Je lis aussi que, si Anna de Noailles a été enterrée au cimetière du Père Lachaise à Paris, son coeur, lui, repose dans le cimetière du village de PUBLIER, au-dessus d'Evian !

Petite promenade au bord du lac en direction de Montreux, en attendant l’heure du rendez-vous. Emerveillement de part et d’autre, sur l’eau et sur la terre. Beauté du palais lumière, ancienne résidence des frères Lumière qui m'évoquent Lyon, ma ville où Auguste et Louis inventèrent le cinématographe et tournèrent "Sortie d'usine", le premier film du cinéma.

IMG_5584

Splendeur des sommets d’une blancheur immaculée et des eaux tranquilles du lac. J'aime aussi beaucoup les anciens bâtiments 1900 construits à la belle époque des cures thermales.

fullsizeoutput_807

IMG_5594

IMG_5586

Rencontre avec une classe de seconde professionnelle vente et commerce et leur prof de français/histoire-géo, Agnés Mestrinaro.La salle de classe a vue sur le lac. C’est magique. Peu de temps avant, on m’a expliqué la différence entre la vente et le commerce. Je suis un peu moins ignorante. La vente concerne la négociation, implique le déplacement tandis que le commerce, c'est ce qui se joue en magasin, avec peu d'espace de négociation. J'espère ne pas me tromper.

 

20190312_151606

 

La plupart des élèves portent costumes et cravate. Ils n'aiment pas toujours le dire franchement, mais les livres ne font pas partie de leur quotidien. Leur prof a quand même obtenu qu’ils lisent chacun au moins une nouvelle de « PARTIR » et aussi un des portraits de mon documentaire illustré « Des héros pour la terre ». Elle a aussi commencé la lecture à voix haute de « Bienvenue à Goma ». Notre rencontre dure deux heures. Ils me présentent leurs travaux et me posent des questions. Avant que leur prof ne leur en parle, ils n’avaient jamais entendu parler du génocide des Tutsis et du massacre des Hutus modérés. Ils s’interrogent : quand est-ce que ça a eu lieu ? pourquoi n’ont-ils jamais entendu parler de ce génocide ? Ils me parlent des pays dont je parle dans mes livres. Les ai-je tous visités ? Abdel comprend : vous voyagez dans votre tête ? J’acquiesce et précise : je voyage en rencontrant les autres aussi.

IMG_5606

Malgré leur attention et leur bonne volonté, il faut faire avec leur fatigue. Trop de jeux vidéos pour les uns tard dans la nuit, trop de réseaux sociaux pour les autres. Ils clignent des yeux par moments. Un garçon s’endort. Puis ils se reprennent, les questions fusent. Puis au détour d’un débat sur la lecture, Lucas prétend qu’il n’écrira jamais. Alors, la prof intervient. L’écriture, la lecture ne sont pas réservées à certains seulement. D’ailleurs, dans leur classe, quelqu’un écrit des nouvelles. Révélation, stupéfaction. Et si finalement, ils en savaient trop peu sur eux-mêmes ? Je dis : oui, parfois, on s’enferme dans des idées toutes faites qu’on a de soi-même.

IMG_5608

IMG_5599

Départ à la gare en fin d’après-midi. Pas de train mais un autocar. Je peste. Qu’ont-ils fait de nos trains ? Le réseau démantelé, les cars se succèdent quand l’urgence climatique voudrait qu’on développe « le chemin de fer » plutôt que la route. Le chauffeur du bus me prévient. Il y a souvent des embouteillages sur la route. Il ne me garantit pas une arrivée à l’heure. Il fera de son mieux. Et je me dis que ces horaires serrés et ce stress sur les épaules des chauffeurs nous mettent en danger, lui, le travailleur, nous, les passagers. Mais il est héroïque, il s’est sûrement surpassé et on arrive juste au moment où le TGV va entrer sur le quai.

lundi 11 mars 2019

"PARTIR" au bord du lac Léman

IMG_5522

Lundi 11 mars, 11H30. Un ciel anthracite et une averse de neige m'accueillent au bord du lac Léman. Des semaines que j'attends ce rendez-vous organisé par les deux documentalistes du lycée hôtellier de Thonon-les-Bains, Laurence Curdy et Marité Chavanne. Elles ont imaginé un gros projet transversal autour d'un de mes livres. Elles ont proposé à deux de leurs collègues, Nicole Daviet, prof de français/histoire-géo et Anne-Julie Longa, prof d'arts plastiques, de faire lire mon reccueil de nouvelles "PARTIR" (Editions Thierry Magnier) à leurs élèves et de travailler sur ces textes, notamment pour certains d'entre eux avec l'illustratrice Elodie Balandras.

IMG_5526

 

Je suis venue à Thonon pour la restitution de ce travail.

Dans un premier temps, ce sont les élèves de seconde qui ouvrent la danse. Ils ont prévu avec Elodie une performance : la réalisation d'une fresque en temps limité devant moi et devant les autres élèves. Ils se sont penchés en particulier sur trois de mes nouvelles : "Les petits voisins de Lulu", "La fleur de mes parents" et "Tu ne sais rien de ma vie". Ces trois histoires portent chacune en elle des échos des autres. Elles ont en commun d'évoquer une famille laotienne installée en bord de Saône.

IMG_5480

IMG_5484

IMG_5485

Je suis bluffée par le sérieux et l'investissement des élèves qui sont vraiment à ce qu'ils font. Leur domaine, c'est plutôt le service, la cuisine, l'hôtellerie et pas le dessin. Mais ils s'appliquent et le résultat est plutôt étonnant : j'ai l'impression qu'ils représentent ce qu'il y avait dans ma tête avant de commencer à écrire.

AGgV-YqDwyPN6d7vcSYhXV-f79N-2DFNFUD2cqyGNPaCttAmurnrac66WMsw7pVX47ZYu5ObA68XDkYIVb4Z2OHHafgL3VGjB4YGWbdza-qMWuJntvwv2tJr7o9ptpqThQ~~ (1)

Ensuite, un autre groupe : celui des valises ! Ils se sont emparés par petits groupes de valises vintage plus ou moins grosses et viennent me les présenter : chacune contient des dessins et des objets qui illustrent une de mes histoires. J'avoue être troublée. Tout ce travail autour de mes nouvelles est émouvant. Je dois deviner les titres des textes illustrés et voilà que j'ai oublié tous leurs titres. Les élèves doivent se demander si c'est bien moi qui ai écrit ces histoires !

IMG_5492

IMG_5499

Puis Amélie et Lilian présentent les affiches que leur classe de Terminale CAP Pâtisserie et Hôtel Café Restaurant a réalisé autour des réalités historiques, géographiques ou culturelles de mes nouvelles.

IMG_5502

Des statistiques ont même été réalisées dans la classe : qui préfère quoi ? Une nouvelle arrive en tête largement devant les autres et ce n'est pas celle à laquelle j'e pensais.

IMG_5518

Après, c'est le moment des questions. Ils en ont plein et le temps passe vite, si vite que je m'étonne que ce soit déjà fini. 

Enfin, on passe aux dédicaces. Il y a foule. Laurence Curdy et Marité ont tenu à ce que chacun achète son exemplaire pour se sentir concerné de près par le projet. Et la plupart viennent en effet chercher une signature de ma part.

IMG_5531

Il est presque 17 heures quand je quitte le lycée. Dehors, j'ai hâte de rejoindre le lac Léman. Dégradés de bleus, de gris. Lumière fluorescente, rouleau blanc tout au fond, bonnets orange sur les têtes de jeunes touristes en trotinette, maisons magnifiques et un peu inquiétantes. Quelques rayons de soleil lèchent son côté suisse de l'autre côté. Une dame me souffle : ici, le lac, c'est un spectacle vivant qui change constamment. Je pense à Antingone, Tatiana, Albania, Paulin, Ruveyda, Julie, Kaissane et leurs profs. 

Posté par isacollombat à 19:35 - - Permalien [#]
Tags :